Fabric · 14 septembre 2026

Super 100s, 120s, 150s : ce que le chiffre dit vraiment d’un tissu

Le « Super » inscrit sur une lisière mesure la finesse de la fibre, pas la qualité du costume. Ce que chaque palier signifie, ses limites, et comment construire une liasse d’échantillons cohérente pour une boutique.


Dans une cabine d’essayage, le chiffre arrive toujours tôt. Un client retourne la liasse, lit « Super 150s » sur la lisière et en conclut que c’est le meilleur tissu de la table. Parfois il a raison. Souvent, il vient simplement de choisir le tissu qui froissera le plus vite dans sa valise. Comprendre ce que mesure ce chiffre — et surtout ce qu’il ne mesure pas — est l’une des compétences les plus rentables pour une maison qui vend du sur-mesure.

D’où vient le « Super »

À l’origine, le chiffre décrivait une capacité de filature : combien d’écheveaux d’une longueur donnée on pouvait tirer d’une livre de laine peignée. Plus la fibre était fine, plus on filait long, plus le nombre montait. Le système est resté, mais sa définition a changé.

Aujourd’hui, l’appellation est encadrée par l’IWTO (International Wool Textile Organisation) dans son code de pratique d’étiquetage des tissus. Chaque palier correspond à un diamètre moyen maximal de la fibre, exprimé en microns, et les paliers avancent par demi-micron. Aux États-Unis, la même grille a été inscrite dans la loi sur l’étiquetage des produits en laine en 2006. Un tissu ne peut donc pas s’appeler « Super 130s » par simple goût du marketing.

La grille, en clair

AppellationDiamètre moyen maximal de la fibre
Super 100s18,75 microns
Super 110s18,25 microns
Super 120s17,75 microns
Super 130s17,25 microns
Super 140s16,75 microns
Super 150s16,25 microns
Super 160s15,75 microns
Super 180s14,75 microns

Pour situer : un cheveu humain mesure en général entre 50 et 100 microns. Toutes ces laines sont des mérinos d’une finesse remarquable ; l’écart entre un 100s et un 150s se joue sur deux microns et demi.

Ce que le chiffre ne dit pas

Le Super mesure une seule chose : la finesse de la fibre. Il ne dit rien du reste, et le reste compte autant.

  • La longueur de fibre. Une fibre fine mais courte donne un fil qui peluche et perd sa tenue. Les belles filatures trient autant sur la longueur que sur le diamètre.
  • La torsion du fil. Un fil très retordu, comme dans un fresco, tient mieux le pli et respire davantage, à finesse égale.
  • Le poids et le tissage. Un Super 110s à 280 g/m² vivra mieux au quotidien qu’un Super 150s à 220 g/m² sur un client qui prend le train tous les matins.
  • Le finissage. Lavage, foulage, décatissage : c’est souvent là que se forme le « toucher » que le client attribue au chiffre.

C’est pour cette raison que la tradition des filatures de la région de Biella s’est construite sur le fil et le finissage bien plus que sur la course aux microns. Un tissu bien filé en Super 110s peut surpasser, porté, un Super 170s pensé pour la vitrine.

Finesse contre résistance : le vrai arbitrage

Plus la fibre est fine, plus le tissu est doux, fluide et lumineux. Et plus il est fragile. Les très hauts Super marquent aux coudes, lustrent au fond du pantalon, se froissent vite et pardonnent peu une mauvaise suspension. Ce ne sont pas des défauts : ce sont les propriétés d’un tissu de cérémonie.

Pour une boutique, cela se traduit en conseil simple :

  • Super 100s à 120s — le costume de travail. Porté trois ou quatre fois par semaine, il supporte les voyages et le repassage. C’est le cœur de la liasse.
  • Super 130s à 150s — le costume que l’on remarque. Rendez-vous importants, mariages, garde-robe d’un client qui alterne plusieurs costumes.
  • Au-delà de 150s — le tissu d’occasion, ou le cadeau que le client se fait. À proposer en connaissance de cause, jamais comme costume unique.

Construire une liasse qui vend

Une erreur fréquente chez les maisons qui lancent un programme sur mesure : remplir la table de hauts Super pour signaler le luxe. Le résultat, ce sont des retours six mois plus tard, et un client qui pense que le costume était mal fait alors que c’est le tissu qui a été mal choisi pour son usage.

Une liasse équilibrée ressemble plutôt à ceci : une majorité de laines peignées entre 110s et 130s dans les couleurs de base, quelques flanelles pour l’hiver, un ou deux frescos pour l’été, et une petite sélection de 150s et plus pour le client qui la demande. Le chiffre devient alors un outil de conversation, pas un argument de prix.

Le bon réflexe en cabine consiste à retourner la question : « Combien de fois par semaine le porterez-vous ? » La réponse choisit le palier bien mieux que l’étiquette. Et elle ouvre naturellement la vente d’un second costume : un 120s pour la semaine, un 150s pour les soirs où il compte.

En pratique chez nous

Nos partenaires travaillent à partir de tissus tissés à Biella, du Super 100s aux qualités les plus fines, coupés pièce par pièce par un atelier de 160 tailleurs. Parce qu’il n’y a pas de minimum de commande, une boutique peut tester un palier plus haut sur un seul client avant de l’intégrer à sa table. Si vous construisez votre première liasse, notre programme partenaires détaille comment nous accompagnons ce choix.


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